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 Our Mutual Friend

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Desdemona F.-Vosgarichian
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Féminin Nombre de messages: 1981
Multinicks: Pamina McCarthy
Date d'inscription: 16/11/2008

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MÉTIER : Ancienne Secrétaire de Prétextat Lloyd — Mafieuse à temps partiel
PATRONUS : Scorpion
SITUATION FAMILIALE : Mère d'un enfant mi-vampire mi-sorcier & femme de son propre meilleur ami & presque frère. Qui a dit que la vie était compliquée ?

MessageSujet: Our Mutual Friend   Lun 13 Avr - 17:15

OUR MUTUAL FRIEND Tu parles x)
Ezechiel Joyce - Sade Joyce - Desdemona Follow


    Epoque : Avril 2002
    Lieu : Serpensortia
    Jour : Jeudi 11 Avril
    Heure : 08:00 PM
    Temps : Qu'importe le temps et le soleil, il fait nuit sur Londres déjà. Mais l'air
    est froid, le ciel dégagé, la lune dans son premier croissant. Tout devrait rassurer et
    l'atmosphère glaciale ne tend plutôt qu'à figer l'espace, et donner l'impression d'une prison.
    Participants : Joyces Brothers & Miss Follow
    Intervention du narrateur : Refusée
    Statut du Sujet : Privé

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Desdemona F.-Vosgarichian
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MessageSujet: Re: Our Mutual Friend   Lun 13 Avr - 17:17

    « Hey, tu comptes rentrer vers quelle heure ?
    - J'en n'ai vraiment aucune idée. M'attends pas, ça sera plus simple.
    - C'est ça, compte là-dessus. J'attendrais, j'ai de la lecture.
    - Je croyais que tu voulais te reposer ?
    - Avec toi dehors dans les rues sordides de Londres, tu peux toujours rêver. Ric & Tri m'assassineraient si j'osais ! Allez, file, tu veux pas non plus arriver à la bourre.
    - Pas tort.
    - Évite juste de te faire tuer, veux-tu ? J'accepte de garder ton fils pour ce soir, mais je préférerai que sa mère soit encore en vie, si tu vois ce que je veux dire.
    - T'inquiètes pas Med', je ferai attention.
    - T'as intérêt, ouais. »


Oui, on sait, vous trouvez déjà que faire garder son fils alors qu'il est né à peine un mois auparavant est une mauvaise idée. Mais quoi, Desdemona avait de nouveau des obligations, et il semblait d'après l'ordre de mission que la personne qu'elle devait rencontrer avait insisté pour que ça soit elle-même qui pointe au rendez-vous. On n'allait pas à l'encontre des souhaits d'un baron de la drogue avec qui on voulait conclure un marché, la Mafia l'avait compris, et notre charmante sorcière se tapait le sale boulot. Une chance, finalement, que Medea ait écrit une semaine plus tôt qu'elle comptait venir l'envahir pour quelques jours, une histoire avec le Ministère de la Magie Britannique pour des problèmes d'ordre financier -Medea n'était pas aussi sage et innocente qu'on aurait pu le croire- ou d'ordre transplaneur, elle n'avait pas voulu spécifier. Aussi, la Roumano-Allemande, meilleure amie de notre chère Anglaise avait posé ses valises dans le salon de Miss Follow deux jours plus tôt, et s'était offerte comme baby-sitter dépanneuse lorsqu'elle avait trouvé par hasard une lettre adressée à Desdemona. Passons, ceci devient légèrement complexe et je m'emmêle.
Sachez simplement que même si Medea avait soutenu que l'enfant dont Desdemona accoucherait serait un demi-monstre, et qu'elle avait toujours trouvé de sympathiques qualificatifs à l'encontre du père, elle avait accepté une fois devant le fait accompli. Elle avait même esquissé un sourire attendri en coin, signe de compréhension et d'adoucissement. La Terrible Medea voyait en l'enfant de Desdemona -le premier qu'elle décidait d'élever pour de bon d'ailleurs- de nombreux traits communs à sa mère. Et à la vue de l'air si inhabituel sur le visage de la Démone, Medea avait fini par comprendre qu'elle n'avait de toute façon pas son mot à dire. Et elle avait quand même accordé sa bénédiction à la jeune mère -quoique, vous et moi savons pertinemment que la bénédiction n'est qu'une façon de parler, car Medea et Desdemona étaient parfaitement athées.

Passons, voulez-vous ? Desdemona essayait de cesser de penser à Medea, à ses gosses, et à son propre fils, et aux autres rares personnes qui lui étaient chères. Elle voulait se concentrer, voyez-vous. Rester focalisée quoi. Ne pas se laisser distraire pas des pensées parasites. Medea lui avait promis qu'elle s'occuperait de son « petit monstre » si jamais il se réveillait, comme si c'était son enfant. Rassurant, surtout de la part de la mère de famille, quoi. Reprenons, Desdemona chassa une nouvelle fois les pensées éphémères et se remémora l'objet de l'ordre de mission qu'elle avait reçu quelques jours plus tard. Tout allait bien se passer, normalement, il n'y avait pas de raison pour que ça ne soit pas le cas. Après tout, ça n'était qu'une rencontre, discrète, une simple discussion, un arrangement. Certes, le fait qu'on ait insisté pour que ça soit elle pouvait faire penser à une possible revanche, une vengeance déguisée, ou bien la décision relevait peut-être des Capo. Au final, Desdemona n'en savait rien, elle obéissait, c'était l'unique mission sur le terrain qu'elle devait faire depuis de longues années, ça ne pouvait pas lui faire de mal, hein ?
Après, la seule inquiétude qui pouvait persister, c'était par rapport à son fils, à Elias. L'idée de le laisser seul n'avait pas enchanté du tout Desdemona, mais Medea était venue à la rescousse, convertie en gardienne d'enfant mi-sorcier mi-vampire pour le temps d'une soirée unique. Si quelqu'un venait à s'introduire chez elle avec de mauvaises intentions, Medea serait sans doute la personne la plus à même de le renvoyer d'où il venait. Ça n'était pas pour rien qu'on l'appelait la Terrible. À Dürmstrang, elle avait envoyé au tapis certaines personnes mal-intentionnées, il n'y aucun doute qu'elle n'en ferait pas de même. Elle n'avait rien perdu depuis vingt ans, et conservait cette férocité. Si bien qu'elle ne risquait rien, et les enfants non plus par conséquent. Tant mieux, me direz-vous peut-être… Desdemona lui vouait une confiance presque aveugle, si bien qu'elle était finalement tranquillisée, après réflexion.

Après avoir transplané de chez elle à l'Allée des Embrumes, lieu plus que mal famé, elle resta un instant sceptique. Et si c'était un grossier piège ? Hein ? Sait-on jamais, l'inconnu que personne n'avait jamais vu -mais qui menaçait le marché illicite de la drogue londonienne- était peut-être une connaissance. Une ancienne et mauvaise connaissance. Bah. Ça ne servait à rien de se tracasser comme ça. Elle verrait bien une fois là-bas. Pas de quoi s'inquiéter. Elle en avait vu des vertes et des pas mûres, ça ne serait sans doute pas aussi terrible qu'avant. Et puis, quand bien même ça serait chaotique, elle s'en sortirait. La Magie était de retour -enfin !- bien qu'elle n'ait pas encore essayé de s'en resservir -à part pour le Transplanage, voyez-vous- et donc, en règle générale, elle s'en sortirait. De plus, elle avait récupéré un joli pistolet Moldu d'une mauvaise rencontre début Février. Si bien qu'elle pourrait normalement se défendre sans grand problème.
Vous ne le sentez pas ? Vous trouvez que ça va mal tourner ? Vraiment ? Vous avez sans doute plus d'intuition que Desdemona. Mais que voulez-vous, tandis qu'elle entrait dans le bar à la réputation douteuse, elle ne pouvait pas s'imaginer qu'elle venait d'entrer dans l'antre du diable, et qu'elle se jetait dans la gueule du loup… Un simple nom -le sien- murmuré à l'adresse du Barman, et ce dernier lui désigna une table déserte pour le moment juste avant de lui signaler qu'on viendrait prendre sa commande. Elle s'assit donc à la table dans un coin du Serpensortia, ses ongles tapant sur le bois, les jambes croisées, et l'air sérieux, mais peut-être un peu… Hésitant ? Commençait-elle déjà à pressentir que sa présence ici n'était pas un hasard, et que la personne qu'elle n'allait pas tarder à revoir était loin d'être une personne chère à son cœur… ? C'est possible, mais permettez-moi d'en douter…

Juste un truc, vous savez, elle l'avait pas revu depuis plus de cinq mois déjà. On devrait pouvoir considérer qu'elle est chanceuse. Mais va-t-elle vraiment l'être ? Priez pour elle, si toutefois vous êtes de ces Moldus qui pensent que les prières peuvent quoi que ce soit pour Miss Follow.

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Ezechiel Joyce
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MessageSujet: Re: Our Mutual Friend   Mar 14 Avr - 11:10

Spoiler:
 


Une main fusa vers le cou de l’oiseau noir nuit. Craquement sinistre. On ne dérange pas un vampire qui pense.
Notre bon vieil ami attrapa au vol la lettre roulée qui chut lamentablement, accompagnée de quelques plumes. A d’autres. Ezechiel en arrivait à se demander comment la Mafia avait pu se hisser si haut et se faire autant craindre avec un tel rédacteur. Même si la faute ne lui imputait certes pas, sa fonction ne se résumant aussi sûrement que Joyces = deux, qu’à retranscrire la dictée du cercle des hautes castes. Lui qui avait espéré s’amuser à tenir en laisse un groupuscule si affluent. Pour le moment le tout ne semblait être qu’une farce grotesque. Pourquoi pas. Il ne leurs rirait que plus au nez. La lettre se révélait d’une telle subtilité, que la pression que subissait ces sorciers/res suintait du parchemin. Ils devaient prendre pleinement conscience que d’une certaine manière, leur peau était en jeu. L’ombremage avait du attenter à leur moral. Mais en même temps le plan fomenté par le benjamin du duo chuchoté dans toutes l’Angleterre avait été minutieusement réalisé. Il était des plus simplistes, mais mis en marche petit à petit, gangrenant imperceptiblement tout réseaux correctement surveillé, il avait été diablement efficace Zeciellement parfait. Preuve en était, la mafia n’avait rien vu venir. Et comme à chaque fois qu’il mettait une lubie en marche, le grand gamin avait particulièrement prit plaisir à s’occuper lui même de sa réalisation. Ainsi en un an avait il semé imperceptiblement la pagaille chez les camés de la vaste île, qui a l’échelle vampirique n’était qu’un frêle esquif aussi facile à faire chavirer qu’une noix, tuant sauvagement des plus petits dealers aux importants fournisseurs. Abandonnant volontairement des dépouilles encore frémissante. Il détenait donc désormais le bénéfice du marché des substances illicites en tout genre, ayant à sa disposition le plus grand stock imaginable. Et évidemment les mafioso l’avaient eu à la mauvaise. Faut dire qu’ayant toujours eux même distribué les sachets, ils avaient de quoi être en rogne. Mais grace à son mode d’action, Zec dont l’identité était bien moins connue que celle de son frère, avait su se faire craindre. Qui aurait voulu finir à faire des œillades à ses pieds pour les convaincre de réintégrer ses jambes ?

A l’heure dite notre dantesque personnage quitta son grenier délabré en direction du bar réputé malfamé, mais qui ne renfermait en vérité, quelques pauvres hères à la recherche d’une identité de malfrat. C’est toujours plus classe sur un CV… Comment ça si ça se trouve Joyce junior se dirige vers la gueule du loup ? Hé si c’est pour être aussi minables, vos interventions faut les faire dans le post d’au dessus ! Ou d’en dessous à vous de voir. Mais vous êtes priés de vous informer un minimum sur le personnage dont vous tenter d’interpeller la conscience ! Ezechiel Joyce. Vampire Lycan. Voilà qui est amplement suffisant à justifier sa candeur sa tête de pioche et son entêtement à s’immerger dans l’inconnu.
Bref, voilà donc notre ombre delaquelle semblait émaner quelques lambeaux de nuit insondable, à la manière du croque-mitaine entamant sa tournée et qui sème les cauchemars sur son parcours. Afin de satisfaire sa curiosité légendaire, qui je le concède demeurait un brin perverse, Ezechiel s’arrêta aux sommets d’une façade apparemment retapée depuis peu. Peinture aux effluves fraîches. Joints solides…Une bâtisse qui ne tombait pas en ruines, ça changeait. Pour le coup, ça lui donnerait presque des airs de sauveurs masqués des temps moderne. Un moldu passant par là aurait hésité entre un batman bien plus dénudé et dépourvu de s cape, ou quelqu’autre super héros dépravé. Pourquoi pas, après tout, tout est relatif.
L’animal aux aguets, défiant la gravité, tendu en un point bien précis en contre bas, la porte discrète du bar. Et puis soudain, avant même qu’une quelconque tête apparaissent au coin du trottoir. Chez les vampires, la conscience ne se limite pas à l’organe interne le plus complexe, autrement nommé cerveau, mais s’étend aux moindres sens participant aux perceptions. Et bien plus encore. L’instinct prônant sur la raison. Ainsi à l’instant même ou ses narines frémissaient, happant quelques flagrances non perceptibles pour le commun des mortels, chacun de ses pores s’activa, transformant notre ami en une complexe alchimie de frisson d’excitation, de réflexe nerveux sous les hormones d’un désir ardent et intarissable. Enfin une silhouette fine et élancée, en tout point désirable s’engouffra le haut lieu de la communauté sorcière, sous les pupilles dilatées de Zec. Il fut prit d’une envie irrémédiable de hurler de rire. La mafia lui envoyait le seul intermédiaire qui le mènerait à un déchaînement de pulsions. La démarche aurait voulu être volontaire, ils n’auraient pas mieux réussi. S’en devenait presque lassant ces rencontres de plus en plus nombreuses qui a force d’être intempestives en devenaient presque prévisible. Et le manège était d’autant plus gros que la sorcière était bien la dernière à s’attendre à croiser une fois n’est pas coutume l’homme qui n’avait qu’une ambition ; admirer le spectacle délectable de ses tripes en plain air. Une chose… N’avait il pas rêvé en détaillant son ventre plat ? Qu’à cela ne tienne, c’était l’occasion d’en discuter amicalement autour d’un verre non ? Pas crédible ? Pourquoi pas ? Leurs liens en faisait des connaissances de longues dates non ? Zbaf.

Un sourire béat aux lèvres de son visage si candide (mouéhéhé sisi !) devant un destin qui se soumettait si facilement à ses souhaits et ses envies de repas délectables, le grand gamin (car oui, le parfum si particulier qui avait charmé Sade ne faisait qu’émoustiller la créature dans ses jeux qui ne divertissaient certes que lui) fondit sur le sol. Dépassant la façade du Serpensortia, il longea l’une des fenêtres en verre fumé. Mais il devinait sans mal la sorcière assise de l’autre coté, fomentant déjà son discours. Zec aurait eut presque pitié de cette jeune femme qui portait l’épée de damoclès continuellement au dessus de sa longue chevelure invitant au vice ( oO pourquoi pas hein). La bonne poire qui refuse de quitter définitivement son boulot et qui endauce les sales besognes. Regard pétillant à la perspectives d’une nouvelle longue, très longue soirée, le nouvel empereur des bas fonds frappa sans discrétion aucune contre cette frontière de verre. Air Enjoué comme pour d’agréables retrouvailles. Agréables pour lui cela va de sois.
Avant même que l’instinct de survie de la démone ne lui hurle de déserter les lieux, Joyce junior était déjà sur le pas de la porte. Ombre fluide et mouvante, il se glissa en face de la jeune mère. Je ne pense pas qu’ils est étaient un jour aussi proche. Dès le début de leur entretient s’entend. Parce que le benjamin avait déjà eu, disons avait déjà prit l’initiative d’humer les douce senteurs de cette peau ferme et pourtant si douce. Sourire dévoilant ses canines si détestables. A nouveau il prenait son pied, ce qui était loin d’être le cas de son interlocutrice.

« Une personne de toute confiance…Uhm je n’en doute pas, les os blanchis au clair de lune sont toujours muets… »

Ton enjoué, regard rongé par quelques substances tirées de son stock personnel. Le vampire n’avait peut être jamais été si à craindre. Et déjà sa main fusait coupant court à toute résistance vers un poignet tétanisé. Fugitive caresse, promesse de tant de souffrance. Insaisissable, déjà l’on doutait de son existence. Comme pour retrancher déjà sa proie dans ses barrières les plus intimes.

_________________

.Pourquoi cet air si sérieux ?.
Joyce...Vampire...Lycan

Je crois maladroit, improfitable, ininstructif de se mettre uniquement sur le plan
du bien et du mal pour juger les actions humaines, ou plus exactement,
pour en apprécier la valeur.
Je n'aime pas les hommes, j'aime ce qui les dévore.


Dernière édition par Ezechiel Joyce le Sam 31 Oct - 14:12, édité 1 fois
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Desdemona F.-Vosgarichian
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MessageSujet: Re: Our Mutual Friend   Mer 15 Avr - 9:48

Assise seule à cette table, Desdemona observait autour d'elle. Après tout, elle était dans son élément. Elle avait appartenu à ce monde, n'est-ce pas ? Nous sommes bien d'accord. Elle avait été, jadis, de ces personnes qui, comme le groupe à l'autre extrémité du bar, venaient jouer aux dés ou aux cartes, parier, boire, rire et échange les derniers secrets des bas-fonds. Un puits d'informations, voilà ce qu'avait été à ses yeux pendant un temps le Serpensortia. Et maintenant, que faisait-elle ici ? Elle était mère, elle aurait dû mettre sa carrière en pause sérieusement, ou même tout simplement l'arrêter. Après tout, cela lui avait valu deux années de prison, soit un quart de ce qui lui restait de temps à vivre. Elle aurait mérité d'accéder à la retraite à l'âge de trente-quatre ans. Mais ça faisait longtemps, et elle avait ressenti le besoin de se dire qu'elle contrôlait encore certaines choses. D'où l'obéissance à l'ordre reçu. Un test, un simple essai. Vérifier qu'elle en était cap— Un cognement contre la vitre en verre fumé à sa droite l'interrompit. Elle tourna la tête un instant, vers cette frontière entre l'extérieur et l'intérieur, et l'instant d'après, la porte s'ouvrait sur une silhouette sombre. Pas de doute, c'était pour elle. Cependant, l'attitude lui rappelait quelqu'un et ce ne fut qu'une fois que l'autre fut installé à sa table -très vite en somme- que le cerveau de Desdemona s'alluma -ou du moins la fonction « reconnaissance&panique interne » se réveilla. Un ensemble innombrable de jurons envahirent soudainement ses pensées tandis qu'elle fixait son interlocuteur sans avoir l'air de réagir grandement au sourire dévoilant les redoutables armes du vampire viscéralement abhorré.
Merlin, pourquoi fallait-il que ça soit ce maudit Ezechiel Joyce qui se soit mis à étendre son influence sur le marché londonien de la drogue ? Et pourquoi avait-il fallu que ça soit elle, parmi tous les Mafieux d'Angleterre, qui doive se rendre à cette entrevue ? Nous tairons les nombreuses insultes et les divers jurons qui résonnaient dans les méandres de l'esprit de la sorcière, mais il est évident qu'elle était foncièrement ravie de revoir le frère de son amant.

La peur déjà installait un petit nid douillet en plein centre nerveux de la Démone tandis qu'elle tentait : 1) de relativiser ; 2) de se calmer ; 3) de ne pas saisir le pistolet qu'elle avait dans une poche, parce qu'elle savait qu'il ne serait efficace en rien face à un vampire déjà mort. Finalement, les moyens de défense sur lesquels elle avait prévu de s'appuyer en cas de rencontre défavorable se retrouvaient tous obsolètes alors qu'elle fixait d'une façon impassible l'être assis face à elle. Merlin lui en voulait-il tant que ça pour avoir décidé de l'envoyer à la fin de son parcours avant la date prévue de par le passé ? Quoique, après tout, il n'y avait pas de raison pour que cette rencontre se termine en bain de sang. Son beau-frère -enfin pas exactement mais il était plus simple pour la narration de le qualifier ainsi- devait avoir reconsidéré sa position vis à vis d'elle, hein ? Il ne pouvait certainement pas s'être mis dans la tête qu'une fois né, le bébé n'aurait plus besoin de sa mère… Si ? La peur s'insinuait de plus en plus vite dans tout l'organisme de Desdemona, qui s'efforçait de garder un air calme, neutre, inébranlable. Ne pas donner à voir cette terreur qui lui nouait petit à petit les entrailles. Tout allait bien, elle allait s'en sortir, hein ? Elle s'en était sortie deux fois déjà face à lui. La première par un énorme coup de chance, la deuxième fois grâce à Sade lui-même. Or, ce dernier n'étant hélas pas dans les parages, elle allait devoir se débrouiller toute seule, ce qui allait sans doute être fastidieux.

    « Une personne de toute confiance…Uhm je n’en doute pas, les os blanchis au clair de lune sont toujours muets… »


Beg your pardon ? Ça, c'était une menace, définitivement. Elle ne pouvait plus douter, elle était sottement prise au piège. Maudite Mafia. Si elle en ressortait vivante, elle poserait sa démission pour de bon, chose qu'elle aurait dû faire depuis bien longtemps. Mais le "si" hypothétique qu'elle-même avait pensé signifiait clairement qu'aujourd'hui plus que jamais, elle doutait de sa survie à cette troisième rencontre. Car les mots qu'il avait autrefois prononcé tels une promesse de mort future résonnait de nouveau dans la tête de la sorcière. Mais imaginez qu’un jour un facteur inconnu entre en jeu…Qui sait ce qu’il adviendra. Un facteur inconnu, du genre de la main-mise sur la drogue par le vampire ? Savait-il déjà comment il agirait ? votre audace ne vous sauvera pas une troisième fois. Il avait été clair, à l'époque, en Décembre 2001. Aussi, il valait mieux qu'elle se mette en tête qu'elle n'y couperait pas cette fois. Dire qu'elle avait cru avoir oublié ces funestes et terribles mots. Ceci prouvait bien que ça n'avait pas été le cas. Ils la hantaient toujours. Ça devait donc être, si l'on prêtait foi à l'affirmation de Joyce, cette troisième rencontre fatidique précise qui la verrait une bonne fois pour toutes perdre la vie.
Les sourcils légèrement froncés, elle luttait pour ne pas laisser transparaître un quelconque signe d'abattement. Elle ne pouvait pas se résigner maintenant à quitter le monde des vivantes. Elle n'en avait pas le droit, elle n'en avait pas l'envie, et quand bien même c'eût été le cas, la Mort était en avance sur le calendrier prévu ! Ce devait être un cauchemar, il fallait qu'elle se réveille. Elle ne pouvait pas être assise là, à une table du Serpensortia, face au seul être -que dis-je, au seul monstre- qui avait si férocement juré pire que sa perte. Oubliant tout sens de devoir professionnel, l'idée de se lever et de quitter les lieux aussitôt tentait la femme. Et elle y aurait cédé sans doute, si toutefois elle n'avait pas été certaine que l'autre l'aurait coincée dans une des ruelles puantes de l'Allée des Embrumes si elle suivait son envie première, et que ça aurait été certainement pire que tout ce qui était imaginable à cet instant. Croisant machinalement ses bras contre elle, en position défensive, consciente qu'il lui faudrait bien assez tôt lutter pour sa vie, elle se recula sur son siège, comme pour prendre le plus de distance et éviter ainsi tout autre contact éphémère et cauchemardesque. Elle finit par demander, cependant, tentant de paraître sûre d'elle et absolument pas terrifiée :

    « C'est une plaisanterie ? »


Elle savait que ça n'en était pas une. Mais elle voulait sans doute se rassurer, et se dire que même si elle avait voulu éviter ces funèbres retrouvailles, elle n'aurait pu. Ne pas se mettre à penser qu'en acceptant l'ordre de mission, elle avait délibérément choisi le chemin la menant plus vite aux portes de la Mort. C'était parfaitement compréhensible venant de la part d'une femme qui, deux minutes avant encore, pensait que cette entrevue n'aurait rien de bien dangereux et qu'elle serait chez elle d'ici une minuscule paire d'heures. Le sort était bien ironique, en somme, et les Mages avaient sans doute décidé de jouer encore un peu avec sa vie et avec ses nerfs.

Entre temps, un serveur s'était approché de la table pour prendre la commande. Lui, il avait tout de suite senti que le moins de temps il passerait près de cette table, le mieux il se porterait. Or, on lui avait assigné d'office ces deux étranges protagonistes, et il demanda d'une voix blanche et hésitante, sans se soucier d'interrompre une quelconque charmante discussion :

    « Madame, Monsieur, vous désirez ? »


Si Desdemona avait entendu la question quasi-soufflée du serveur, la réponse qu'elle aurait donné aurait avoisiné le « sortir d'ici », « un tueur de vampire » ou « ne pas être là ». Pourtant, toute entière tournée vers son bien-aimé beau-frère, elle se concentrait sur le moindre mouvement, le moindre mot, le moindre changement d'expression faciale, craignant le moment fatidique où l'autre déciderait de s'amuser réellement. À noter, cependant, qu'elle aurait encore plus redouté la suite s'il lui était venu à l'esprit que l'autre se divertissait déjà à ses dépends. Tétanisée, elle l'était déjà. Terreur interne qu'elle se refusait de laisser paraître, panique silencieuse qui envahissait ses veines et glaçait son sang. Elle craignait l'autre, consciente qu'elle n'était en vérité qu'une simple proie qu'il aurait sans doute un malin plaisir à détruire.
Quoiqu'après tout, il s'agissait d'une entrevue professionnelle. Peut-être qu'elle se sortirait, hein ? N'espère pas trop Desdemona, et concentre-toi, plutôt.

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MessageSujet: Re: Our Mutual Friend   Ven 17 Avr - 13:00

    Quiconque aurait scruté le visage de la démone en ce début de soirée n’aurait pu qu’y capter le masque parfait de l’impassibilité. Toutes autres émotions semblant fermement muselées au dedans, illisibles à tout inexpérimenté. Mais le jeune vampire qui bien plus sûrement qu’un ami de longue date, avait automatiquement percé cette apparence, ultime défense de la mafieuse. Plongeant sans attention aucune, ni même précaution ou un semblant de douceur amusée, ses pupilles animales échos d’un néant prochain, inéluctable, dans ceux de son interlocutrice. Car oui, même s’il affichait une fois n’est pas coutume ses détestables airs je m’enfoutiste et son attitude non moins inquiétante de maître du jeu, son regard à jamais pétrifiant renseignait sans que le doute ne soit permis, sur ses intentions loin d’être des plus réjouissantes. Mais une franche camaraderie paraissait émaner de ce duo et aurait presque pu faire illusion. Le client qui passait la porte et parcourait la salle d’un regard circulaire aurait même pu se dire que c’était un jeune couple sur le point de se former…Ou pas. Faut dire que la silhouette de la jeune femme tentant inconsciemment de fusionner avec la banquette amenait le doute. Et à la table même régnait un sourd relent d’exaspération mutilée et de désespoir muselé. Jusqu’au bois des meubles qui se rétractait, chaque molécule retenant son souffle. A croire que la réalité elle même désirait régurgiter cet être parasite.

    Etrange comme en quelque minutes le corps peut passer d’un étiage que l’on aurait pu considérer commun, à celui bien plus intime de la crainte. Voir de la terreur. Et la présence de Zec se révélait être un catalyseur unique pour e genre de réaction immédiate. La physiologie de la jeune femme ne trompait nullement un Joyce. Il faut dire qu’a force de ces rencontres intempestives, notre jeune ami commençait à la trouver toujours plus prévisible. Les meilleurs relations sont celles à court terme. Ou a distance. Il en allait de même pour des proies ; à fore de se fréquenter on en oubliait la saveurs des premiers instants. Et la soif et le désir prenaient une toute autre signification lors d’attentes prolongées et de satisfaction qui se faisaient attendre. Une douleur viscérale qui se rappelait au chasseur aux moindres instants, le dominant jusqu’à ce qu’il soit gagné par la folie.
    Mais que l’on se rassure, Zec était loin de se retrouver fiché dans cette catégorie pourtant universelle. En fait il ne serait pas faux de mentionner que par la folie qui le menait déjà, tout autre facteur aggravant ne faisait que lui apporter des prétextes en plus. Et le benjamin Joyce ayant quelques prédisposition à la douleur, s’en était fait une alliée de choix, et une douce compagne. (Uhm sado lui ?) Nul inquiétude à avoir donc. Il se l’avouait volontiers à lui même, savourer les marques de l’incompréhension et de la peur sur les traits de cette sorcière était des plus délectable. Et il ne s’en lassait pas comme cela avait pu être le cas par le passé. Réjouissance temporaire pour son interlocutrice. Puisque le jour ou cesserait cette lubie passagère, la disparition de Desdemona serait des plus violentes, ayant par là même une fonction faussement expiatoire. Oui, à la réflexion, la fréquentation, coutumière il faut croire, de cette femelle, était sûrement à mettre sur le compte d’un fantasme passager, comme celui d’acquérir un animal de compagnie. La nature curieuse de notre ami était pour le moment maître. Tentant de comprendre encore, ce qui avait attiré, et continuait d’attirer sa moitié.

    C'est une plaisanterie ?

    Il était rassurant de constater que les récents aléas de la magie n’avait pas intenté à sa langue, prouvant par la même occasion la preuve que le statut de sorcière n’était pour rien dans la prédisposition de es femelles à déblatérer pour ne rien dire. Sa question révélait son ignorance. Et confortait Eze dans la considération qu’il se faisait de la mafia. A croire que la conjugaison de certains astres devait en ce moment réveiller tous les artifices de la malchance. Mais même avec l’excuse de la fatalité, cette organisation lui paraissait de plus en plus désorganisée. Qui risquerait d’envoyer une récente mère négocier, avec le risque que l’interlocuteur découvre sa famille et la face chanter ? D’ailleurs en parlant de famille…Ezechiel était donc oncle. Depuis combien de temps ? Il omit volontairement les paroles de la démone, non sans pour autant s’en satisfaire puisqu’elles prouvaient l’état de mauvaise surprise dans laquelle elle se trouvait. Et de se savoir indésirable et bien mal venu ne rendait le Joyce que plus satisfait. Elle avait répondu à ses pulsions primaires, instinct de survie perceptible dans le désir de trouver des réponse face aux désagréments de son environnement depuis très récemment rendu plus solide, plus…viable…Régit sûrement par un semblant de raison et d’amour. Et voilà que l’autre se ramenait afin de lui prouver qu’elle avait tord et qu’elle aurait beau vouloir changer, elle ne resterait indéfiniment qu’une mère incapable d’apporter une sécurité nécessaire à la survie de son mioche. Oh que non c’était loin d’être une plaisanterie ! On ne peut plus réel même si un cauchemar aurait certes était préférable.
    Sans aucun préavis, sa voix s’éleva, achevant de donner consistance à sa silhouette dantesque. Mise en mouvement terrifiante de par son détachement. En un clin d’œil celui qui ce soir abattrait une fois n’est pas coutume les cartes du destin de Follow, empreinta son éternel air détaché. S’il n’avait pas porté le patronyme de Joyce, personne n’aurait nié son talent d’acteur certain. Mais appartenant à cette famille, le moindre sourire, le moindre air sérieux ou délicat était voué à l’échec. Volontairement factices, ne donnant que plus consistance à diaboliques esprits. Tignasse d’ébène posée sur sa main. Il aurait pu être un très bel homme s’il n’avait pas été rongé par la drogue et la bête que l’on devinait agrippée profondément au marécage de son âme. Mais tous était chez lui déformé par une haine qui bien qu’ancestrale, était l’un des nutriment quotidien de sa condition, sans même qu’il n’en ait encore conscience.

    Vu les circonstances, je rois que l’on peut repousser les affaires quelques minutes… Si l’on parlait de la famille ? Alors comme ça on ne m’annonce même pas la bonne nouvelle et mon nouveau statut ?

    Sourire encourageant. Mine boudeuse, tête à claque. Mais bien mal avisé aurait été celui dont la main n’aurait pu résister ! Mais ses pupilles se dilataient dangereusement. Et sa belle sœur savait à quoi s’attendre. Et puis désormais c‘était officiel, aussi répugnant et détestable que cela soit pour elle, tous deux était étroitement liés. Et pour les Joyce les membres de la famille passaient avant tout non ? Même et surtout entre les dents. Dites c’est punissable les meurtres de belles sœurs ? Non parcequ’on légitime bien ceux de belles mères…ZBAF okay !

    Madame, Monsieur, vous désirez ?

    Silence…L’animal ne détacha pas un instant ses yeux noirs de la jeune femme, bien que ses réflexions aient été désagréablement interrompues. Pour autant, son champs de vision englobait tout de même la silhouette qui venait de s’assurer le fin rapide de son service. Grondement réprobateur. Mais étrangement, Eze n’esquissa pas un geste. Fomentait il déjà quelque chose ?

    Deux coupes de champagne, nous avons plusieurs événements à célébrer.

    Toujours e sourire enjoliveur tandis qu’il percevait les rouages du cerveau de la démone tourner à plein régime, s’évertuant à nouveau à trouver quelques réponses plus travaillées, voir réfléchie. Ou pas. Quand au chasseur, il demeurait immobile. Pour le moment. Le calme avant la tempête comme aurait dit l’autre.

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MessageSujet: Re: Our Mutual Friend   Lun 20 Avr - 11:37

Hum. C'était mal barré, pour le moment. Dire que Desdemona avait redouté ce funeste moment où elle reverrait le monstre qui avait juré sa perte. Hantée par les mots qu'il avait prononcé quelques mois plus tôt, sans vouloir le reconnaître, bien entendu. Si bien qu'elle avait cru un instant à un cauchemar. Après tout, elle devait s'être endormie, elle avait même rêvé la conversation avec Medea, puisque ça avait été absurde, car Medea n'aurait jamais… Minute. Ça n'était pas un rêve, ça n'était pas un cauchemar, c'était bel et bien la réalité, aussi affreuse et hideuse qu'elle se présentait ainsi. L'autre s'amusait visiblement de la situation chaotique. Il aurait été étrange qu'il ne s'en gausse pas. Après tout, c'était ce genre de monstre qui se nourrissait à la fois de la peur, de la panique, et de la souffrance. Pourquoi s'était-elle rendue à ce rendez-vous d'affaires déjà ? Ah oui, parce que ça avait été un ordre, et qu'elle avait voulu voir si elle était encore capable de contrôler un marché. Sauf que voilà, il avait fallu que ça tombe sur elle pour une rencontre avec le baron des bas-fonds du moment. On avait beau dire, elle devait vraiment être maudite, ou tout simplement être la plus malchanceuse des sorcières de Grande-Bretagne. Il ne lui arrivait que des mauvaises choses depuis qu'elle avait rejoint la Mafia. Le Procès, manquer de se faire tuer, Azkaban, et maintenant ça, cette plaisanterie de dernière minute, définitivement dédiée à la tuer, ou à lui faire passer un sale quart d'heure. Passons, si elle s'enfermait dans des funestes convictions, elle ne pourrait pas se concentrer pour tenter de trouver un échappatoire assez tôt. Il fallait qu'elle se calme, qu'elle mette en sourdine les alarmes allumées au sein de son esprit. Tenir, faire face à l'ennemi. N'était-ce pas ce qu'elle avait toujours appris à faire ? Si, elle devait donc en être capable, une fois de plus. Même face à l'être qu'elle redoutait le plus, et haïssait viscéralement.
L'effrayant personnage se mit finalement à parler, afin de faire dévier la discussion dans une direction qui lui seyait plus. Et l'image qu'elle avait de cet être détaché, cette image-là était plus à même de la terrifier que toute autre chose. À noter qu'elle détestait cette regrettable situation, mais qu'elle était consciente qu'elle n'avait pas d'autre choix possible que celui de rester sagement assise et de prier les Mages pour qu'ils lui envoient une quelconque aide. « Vu les circonstances, je crois que l’on peut repousser les affaires quelques minutes… Si l’on parlait de la famille ? Alors comme ça on ne m’annonce même pas la bonne nouvelle et mon nouveau statut ? » Elle cilla. Elle ne s'attendait pas vraiment à ce genre de discussion, si bien qu'elle ne contrôla pas pendant quelques courts instants son visage, se trahissant. Et dire que l'autre lui souriait, comme si tout allait bien. Bras toujours croisés contre elle, Desdemona serrait plus fort ses mains, réponse machinale à cette crainte qui s'insinuait toujours plus profondément en elle.

Ni l'un, ni l'autre ne prirent la peine de jeter un coup d'œil au serveur. Logique, elle surveillait le prédateur, parfaitement au courant que si elle détournait les yeux un bref instant, ça n'aurait sans doute pas de bonnes conséquences. Loin de là, en fait. Et lui, il se gaussait sans doute de la peur qui brillait au fond de ses prunelles. Pas de grande hésitation non plus pour ce cas. Ce qui achevait de la tétaniser sur sa chaise, et de lui donner envie de rentrer sous terre le plus vite possible ? Le sujet de conversation choisi par son beau-frère, ainsi que ce sourire machiavélique. Non, ne pas essayer d'imaginer ce qu'il pourrait lui faire, elle n'avait pas besoin de paniquer encore plus que ça. La suite, cependant, surprit la sorcière -sans la rassurer toutefois. « Deux coupes de champagne, nous avons plusieurs événements à célébrer. » Ha. Elle était prête à parier que dans les événements qu'il voulait célébrer, il y avait sa très prochaine mise à mort. Baisser les bras aussitôt ? Mais non, mais non. Elle avait juste cessé de se faire des illusions.
Pourtant, si on suivait sa logique à elle, il ne pouvait y avoir sa mort prochaine. 2010 lui avait dit la vieille harpie, cinq ans plus tôt. Et on était en 2002. Alors, à moins qu'il ne projette de la séquestrer pendant huit ans, elle voyait mal comment il pourrait mettre fin à sa vie ce soir. Peut-être y avait-il encore un certain espoir. À moins que ces prédictions ne valent rien, et dans ce cas, l'espoir partait en fumée.

Non, se concentrer quitte à s'enfermer dans une espérance qui ne durerait pas éternellement. Qui aurait pu croire un instant qu'elle se réjouirait un jour de connaître la date de sa mort ? Il fallait qu'elle tienne le coup. Qu'elle évite de dire n'importe quoi. Qu'elle se concentre quoi. Elle était consciente qu'elle faisait face à Ezechiel Joyce, connu pour ses charmants massacres. Des articles avaient été écrits sur ses manies, dans les quotidiens clandestins sorciers généralement… Passons, si elle commençait à retracer les exploits de son beau-frère, elle allait perdre les pédales. Easy now. Son regard se détacha des prunelles du vampire, et elle se mit à scruter les occupants qui composaient la clientèle hétéroclite du Serpensortia. Une majorité d'hommes, des femmes pas mal dénudées, des êtres encapuchonnés… Pas un qui ne lui viendrait en aide si le besoin se faisait ressentir. Population des bas-fonds, certes, mais pas téméraires au point de prêter main forte à quelqu'un face à un vampire. Pas fou, quand même. Dommage, d'ailleurs. Le regard sombre de la sorcière baissa vers ses mains, tandis qu'elle observa un instant ses ongles, tentant avec difficulté de donner l'illusion d'un comportement à l'aise, calme, patient. Comme si elle contrôlait la situation qui lui avait échappé aussitôt qu'elle était entrée dans le bar. De quoi avoir confiance en soi. Elle ne parlait toujours pas, les mots ne lui venant pas, bloqués par cette terreur interne. Elle se morigénait intérieurement, s'ordonnait de relever la tête, d'assumer, de ne pas se laisser abattre, mais tétanisée comme elle était, elle peinait à agir comme s'il n'y avait pas le moindre problème. Allez, tu peux quand même lui tenir tête, par Merlin. C'est pas comme s'il allait te faire la peau ici et maintenant. Il a toujours eu l'air d'un psychopathe, ça n'a pas changé, mais à chaque fois, j'ai survécu. Je dois avoir une chance de farfadet, pour éviter la mort à un ou deux cheveux près. Il n'y a aucune raison que ça change. Et puis, il n'est quand même pas du genre à tuer la mère de son neveu… Hein ? Son regard remonta et croisa de nouveau celui de Joyce, et elle eut la réponse immédiate : Hum. Avec lui, on n'est sûr de rien. Elle chassa cette pensée pessimiste, et sans s'avancer, elle décroisa légèrement les bras, en se forçant certes. Loin de se douter qu'il s'agissait peut-être d'un piège quelconque, elle semblait prête à discuter avec civilité sur un sujet qui semblait tenir à cœur au vampire. Un fin sourire, incertain, de convenance surtout, tandis que du coin de l'œil, elle voyait revenir le serveur avec les coupes. Il les posa et s'éclipsa aussitôt. Il la sentait vraiment pas cette table. Il avait raison de s'éloigner. Si Desdemona avait pu le faire, elle aurait disparu. Mais il lui fallait jouer le jeu, et se montrer affable avec un type qui avait déjà tenté de la charcuter deux fois. Comme on dit joyeusement dans le Joli Monde des Proverbes, jamais deux sans trois, n'est-ce pas ? Non, elle n'aurait pas dû penser à ça, voilà que le pessimisme rejaillissait de nouveau. Sans toucher encore à la coupe, elle finit par demander aussi calmement et aimablement que possible :

    « Parlons donc de la famille. Un sujet en particulier ? »


Aha. Elle n'avait pas le verbe aussi délié qu'avant. Tétanisée, vous disais-je. Enfermée dans une cage transparente, incapable de s'exprimer avec l'éloquence passée, de trouver les bons mots. Incapable même de s'adresser clairement au monstre face à elle. Et dire que ce funeste personnage était l'oncle de son fils. Ce lien était d'ailleurs loin de l'enchanter, elle. Mais ça, n'importe qui aurait pu le comprendre, à condition de savoir lire en elle.
L'air était glacial, ou peut-être n'était-ce qu'une mauvaise impression, ou un vulgaire pressentiment ; elle resserra les pans de son pull gris croisant de nouveau les bras. Son regard sombre planté dans les yeux d'Ezechiel, elle redoutait l'instant futur. Effrayée ? Si peu. Craintive ? Encore moins, voyons. Redoutait-elle de parler de son fils, ou était-elle simplement peu rassurée à l'idée que l'être face à elle souhaite connaître son neveu ? Pour le moment, la sorcière n'y pensait pas vraiment, elle attendait à présent que l'autre ne lui réponde, et qu'elle sache un peu mieux vers quel genre de discussion ils se dirigeaient.
Aussi étrange que cela puisse paraître, elle aurait voulu que Sade soit là. Et elle aurait voulu ne jamais avoir quitté son appartement, ne pas avoir ouvert l'enveloppe envoyée par la Mafia. Ne pas avoir accepté la mission -qu'ils lui avaient imposé, de toute façon. Elle déglutit, son regard se faisant plus hésitant, plus effacé.

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MessageSujet: Re: Our Mutual Friend   Mar 12 Mai - 5:52

On amena les coupes de champagne. Un pétillant grand cru, bien incongru en ces lieux ou la bière de premier prix avait l’habitude de couler à flot, et de se présenter aléatoirement sous l’état de gerbes brunes lorsque les lieux s’emplissaient d’amas de corps mus par des instincts tout aussi bestiaux que les créatures les plus craintes, mais certes bien moins maîtrisés et complètement désorganisés que chez ces dernières. Que voulez vous, la noblesse n’était certes pas génétique et commune à tous peuples. On comprenait alors aisément qu’une éventuelle main créatrice ou plus probablement que les rouages complexes de dame nature se soient lassés d’êtres humains aux défauts un temps charmants, mais au final bien prévisibles…Et que dans leur grande ingéniosité aient eu la brillante inspiration de faire naître d’une sombre alchimie, des légendes vivantes. Histoire de rehausser un peu la balance, d’acquérir la certitude que cette bonne vieille terre n’était peut être finalement pas tant vouée à sa perte que cela. Des gardiens de troupeau.
Etonnant la crainte qu’inspirait la présence d’un vampire jusqu’aux cuisines. C’était totalement injustifié…Non ? Dans tous les cas, le jeune homme ne s’attarda pas à jouer le rôle du Bien dommage, notre innocent jeune ami aurait bien écouté un avis intéressé et des conseils de mise en bouche. Qu’à cela ne tienne, il aurait tout le loisir d’aller faire un tour par les coulisses plus tard. Et par la cave par la même occasion. Qui sait, peut être renfermait’elle d’autres bouteilles poussiéreuses soumises à l’égoïsme du maître des lieux qui ne se décidait apparemment à les débouchonner que lors d’une menace éventuelle pour son enseigne. Sûr qu’un article dans la gazette mentionnant des cadavres attablés et des tonneaux déversant des flux tout aussi pourpres mais à la composition bien différente, avait de quoi faire jaser. Et réduire la fréquentation du Serpensortia. Encore que…Les sorciers étaient bien connus pour leur esprit totalement à l’ouest. Probable donc qu’au contraire les clients affluent. Le bar figurerait même peut être dans un guide touristique… Oui Zec devrait vraiment passer par l’arrière salle, un marché avec le patron naîtrait ptet ben de cette soirée. Quoi que si ça se trouve on allait d’office le traiter en temps qu’ambassadeur du renouveau des lieux. Et s’occuper de la sorcière sans qu’il n’ait rien demandé. Combien d’histoire de coup de poignard dans le dos comptait le vieux Londres ? Des âmes dont le décès n’avait été déclaré que bien plus tard après que l’on eut enfin compris que la posture pourtant naturelle mais étrangement immobile, n’était pas due ni à la boisson ni à un accès de fatigue.

Desdemona…Les pensées du vampire fusèrent à nouveau vers son interlocutrice. Bien que son regard ne l’ai pas un instant quitté, il ne put s’empêcher d’éclater de rire au scénario qu’il venait de fomenter. Esprit à la dérive qui sans aucune amarre avait depuis longtemps l’habitude de se laisser porter par quelque flot invisible et itarissable. Qu’on ose seulement s’approcher de sa proie. Il ne répondrait plus de sa personne. Si tant est qu’il est un jour répondu de lui. C’était sa promise comme qui dirait. Dans un contexte évidemment tout autre que ceux dans lesquels auraient pu être habituellement évoqué ce vocable. Sa promise qui par un malheureux coup du sort se retrouvait également être sa belle sœur. Elle l’aurait voulu qu’elle n’aurait pas fait mieux comme qui dirait. Marque du destin ? Pur hasard ? Bien fâcheux on se l’accordera tous. Le tout tendait à prouver si elle n’en avait pas encore conscience ou qu’elle tentait de repousser cette possibilité au plus loin, qu’elle était intimement liée à cet être des ténèbres. Au duo Joyce plus généralement. En même temps à quoi s’était elle attendue ? Dès les premiers instants on l’avait prévenue ; Joyce inclue le duo. On ne peut fréquenter l’un sans côtoyer l’autre. Au moins pouvait elle se targuer de vivre dans les deux extrêmes ; un amour passionnel, fusionnel et que sais je encore (z’aurez remarqué que ce champs lexical n’est pas forcément la spécialité de notre bon vieux Zec) et une haine viscérale mêlée à une terreur irraisonnée. D’un coté la promesse d’un futur empli de joie et d’amour, de l’autre un avenir bien incertain et dont l’issue qu’elle qu’elle soit ne pouvait être réjouissante.

Il riait donc. Pas un sourire non…Un rictus qui véritablement, sans que ces phrases ne soient à considérer au second degré, déformait hideusement ces traits hypnotiquement charmants. Indéniablement aguicheurs. Et le paradoxe ne rendait cette silhouette que plus horrifiante. Un personnage hérité des plus vieux films allemand. Ces œuvres expressionnistes issues d’esprits torturés. Un rictus à faire trembler…frankenstein lui même. On lui aurait bien cousu ses lèvres desquelles s’échappaient quelques nauséabondes flagrances, préliminaire mortuaire. Un Gwynplaine aurait été préférable. Quelques tabourets proches désertèrent.
Un sujet en particulier ? Uhm en vérité c’était un tout qui comportait tellement de ramifications…Tout aux paroles de la femelle, il trinqua d’office, tandis qu’elle levait son verre d’un air faussement enjoué. Inutile de mentionner la multitude d’intrus qui se frayaient un chemin en ses pupilles. Contraste grossier. Le moindres de ses pores suffoquait de son désespérant libre arbitre. Tragédie de la liberté oui…Car n’avait elle pas choisit d’être ici ? Elle affichait bien moins d’orgueil et de témérité que lors de précédentes rencontres… La responsabilité d’une descendance en était elle la cause ? Après tout rien de mieux qu’un mioche pour se remettre en cause… Ou peut être simplement la marque de ce temps, traître pour quiconque et dont Ezechiel était un spectateur passionné. Tout vient à point à qui sait attendre, car s’était bien les prémices ardemment désirés d’une décrépitude irrémédiable, qu’il ne faisait que titiller, déclencher un peu plus tôt que prévu. Et précipiter, certes.

Aux frères, beaux frères, belles sœurs…Neveux, enfants…A la descendance et aux complots familiaux. Aux généalogies oubliées, indésirables et pourtant imposées…Aux liaisons dangereuses, déconseillées, tristement abrégées, aux traîtres et traîtrises fomentées, patiemment…Aux inconscientes…A la nocturne et irrémédiable justice nocturne…

Nouvel éclat démoniaque. Sa voix ricochait, se fichant dans les moindres interstices, rebondissant sur les surfaces planes pour s’imprégner durablement en chaque âme désormais pétrifiée. On l’avait à juste titre qualifié d’imprévisible. Justice nocturne ? Qu’elle autre sinon la sienne ? Sans retenue, dominée par la déraison. Dantesque il s’était levé ponctuant ses paroles d’amples voltes. Fou ? Et bien j’en concède. Et l’origine n’en était que le rapt de l’âme qui lui était à la fois semblable et qui complétait la sienne. Sade. Des ne pouvait s’en prendre qu’à elle même. Elle avait probablement amputé Joyce junior de sa moitié qui comportait…disons un certain sens de la mesure. Si tant est que ce fut possible. La souffrance de la perte d’un frère qui suavement additionnée aux substances catalytiques dont il était le nouvel ambassadeur, ainsi qu’à l’addiction viscérale du vice et de la traque sans concession l’avait totalement et littéralement ravagé. Ouep, c’était pas bien beau à voir. Le plus continent des incontinents aurait depuis des lustres remplit des litres et des litres.
Il avait le rouge aux yeux. Une présence en peine qu’il frôla et le fragile fil de la morale et de la relative réalité ne fut qu’un souvenir regretté. Ce devait être un ivrogne du samedi soir qui s’était égaré. Pour un accès de folie on pouvait dire que l’être diaboliquement répugnant…que sais je encore, « commençais doucement ». Oui tout est relatif tout est relatif… Ce devait d’ailleurs être l’avis de la jeune femme qui tenait toujours sa coupe à la main, moins assurée que jamais, sous le nez de laquelle Zec tendit des entrailles encore chaudes. Machiavélique ? Si peu… Le tas informe à considérer désormais plutôt comme une promotion de viande hachée qu’un feu être humain, était encore agité de spasmes spasmodiques. Le Joyce désormais à nouveau dangereusement proche de la sorcière huma ses doigts rachitiques qui tenaient le reste d’une vie paraissant si après la rapidité avec laquelle il s’en était emparé, comme pour inviter Des à en faire de même.

Mon neveu se porte bien ? Je l’espère déjà tout en muscle, c’est de la nourriture aussi riche que celle ci qu’il lui faut. Tu veux que je l’emballe ? Ce sera un repas de moins à lui prévoir.

Au suivant. Il avait déjà discouru quand à la qualité d’un repas. A savoir qu’une viande terrorisée était bien plus savoureuse qu’un quelconque steak. Et on ne pouvait le nier, les liens entretenus avec Follow n’avait fait que gagner en intimité au cours de ces années. Le tutoiement était donc de mise… Après tout quel statuts plus proches que ceux de proie/chasseur ? Belle sœur/beau frère par extension. L’un pouvait il exister sans la présence même lointaine de l’autre ? On pouvait être amené à sa poser des questions en effet. Pour le moment, une fois n’est pas coutume, le grand gamin…s’amusait. Psychopathe, quoi que je ne sais si à ce degré… Passons. Etudiant de près le langage corporel de son interlocutrice, se délectant de toute réaction horrifiée. Pouvait on tuer par peur ? C’est ce qu’il s'évertuait à savoir.

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MessageSujet: Re: Our Mutual Friend   Mer 27 Mai - 19:37

L'avenir s'était fait bien sombre aux yeux de Desdemona, et n'importe quelle prédiction lui assurant la survie pendant huit ans encore n'avait pas vraiment l'effet rassurant escompté. Son langage corporel trahissant le mal-être qui était sien pour le moment. On a beau redouter un moment funeste, on ne peut généralement rien y faire lorsqu'il arrive finalement, et s'abat sur nous comme le tonnerre accompagnant l'orage. L'unique chose que l'on peut en vérité faire, c'est de tenter de conserver les apparences. Faire bonne figure face à la silhouette de la Camargue se découpant non loin. Ne pas laisser soupçonner qu'on pourrait en venir à douter. Rester de marbre, quelques soient les pensées qui pourraient venir à traverser l'esprit. S'empêcher de penser. Bloquer son imagination fertile et inquiétante. Ce qu'elle pourrait imaginer serait sans doute moins horrible que ce qu'il pouvait lui réserver, aussi, mieux valait ne pas chercher à scénariser une future scène. La santé mentale dépendait du silence cérébral. Pour le moment du moins…
L'autre la fixait sans ciller, ce qui raffermit Desdemona dans son idée qu'elle n'allait pas y couper. Mais elle s'efforçait de garder ses pensées vierges de toute désolation. Penser à tout, mais pas à cette fin qui s'approchait perversement. L'éclat de rire qui émana du monstre face à elle n'aida pas la sorcière à relativiser. Elle tentait pourtant de se raisonner. Elle ne rencontrerait pas la Faucheuse de sitôt, voyons. Après tout, elle en avait réchappé plusieurs fois déjà, même face à lui. Pourquoi pas une nouvelle fois, encore ? Oui, voilà, restons positifs et motivés. Tout allait bien aller, il le fallait. Elle avait laissé son fils aux soins et à la garde de Medea pour une soirée, et il était hors de question que cette garde soit permanente. Medea avait déjà trois gosses, elle n'en avait pas besoin d'un autre, bien que Desdemona doute que Sade accepte un jour de laisser son fils à sa quasi-tante. Elle chassa cette pensée, ne souhaitant pas s'enliser dans une situation hypothétique de "Que se passera-t-il si je meurs ?". SI elle commençait, elle ne s'en sortirait pas, et justement, il lui fallait être lucide -mais pas trop. Car, tant qu'elle était lucide, elle ne perdait pas de vue les multiples fois où elle avait échappé à son beau-frère ; mais si elle le devenait trop, elle comprendrait que ses minutes étaient hélas comptées. Et pour rien au monde, cela n'aurait été préférable.
Quoique, se faisant une raison, elle aurait pu être pu cesser de s'empêcher de réfléchir, et aurait pu essayer une énième fois de trouver une issue de secours à cet endroit et ce moment qui sonnaient le glas, déjà. Mais le pire défaut de Desdemona était sans doute le doute, sans jeu de mots escomptés. À partir du moment où l'odieuse hésitation s'insinuait dans les méandres de l'esprit de la sorcière, elle ne pouvait plus raisonner convenablement, prise au piège entre sa raison apeurée et son imagination galopante. Garder les rênes, s'empêcher d'imaginer quoi que ce soit, pour sa sécurité et sa santé mentale. Rester consciente, mais pas de tous les dangers qui s'additionnaient en cette bien triste soirée.

Mais non, il fallait qu'elle se reprenne, se morigéna-t-elle tandis que l'autre monstre assis de l'autre côté de la table affichait un air diabolique, un rictus hideux couvrant son visage avili. Oh, si elle n'avait pas été tant terrifiée de sa présence et d'avoir été aussi sottement jouée, elle aurait pu reconnaître qu'il y avait une certaine beauté dans les traits de l'homme. Mais trop pétrifiée par l'horreur de le voir en ces lieux, elle ne voyait que le visage du monstre, de la bête mugissante -une vache, bien sûr-, et tout ceci n'était pas bon pour ses affaires. Elle s'efforçait de garder un visage calme, d'afficher une tranquillité stoïcienne, comme si rien ne l'atteignait ou que plutôt elle s'était persuadée que puisque les actions de son interlocuteur ne lui appartenaient -à elle- en rien, et qu'elle ne pourrait rien y faire, elle devrait laisser couler, et simplement espérer que tout irait au mieux.
Elle aurait réussi à s'imprégner de cette philosophie, mais cela aurait prit du temps. Enfin, rectification, elle aurait atteint ce but-là si jamais il n'avait pas levé son verre, probablement en vue de porter un toast. Elle appréhendait déjà ce qui allait pouvoir sortir de cette bouche si macabre. Et pourtant, elle l'imita, affichant un air presque enjoué, comme s'il s'agissait d'une discussion cordiale et pacifique entre deux personnes reliées par un tiers qui n'était -malheureusement- pas présent en ces lieux mal famés. Mais le vampire ne fut apparemment pas dupé par l'air faussement ravi qu'elle tentait de conserver, et put sans grande difficulté voir sous le masque, des traits effrayés, craintifs, et beaucoup moins certains que leurs précédentes entrevues. Car toute certitude venait brutalement de s'effondrer, sans que Desdemona ne puisse retenir ces infâmes chevaux de la peur qui avaient de nouveau envahi les lieux. Une pensée subite, une image sanglante, et ses espoirs avaient disparu en fumée. Mais le masque tenait encore, pour quelques temps. Elle savait duper son monde, ou du moins les individus de la race humaine. Les autres, ça marchait moins bien ces derniers temps… Et tandis que les mots du tortueux vampire retentissaient et que son énumération se continuait, Desdemona perdait peu à peu pied et s'enlisait dans une mare pestilentielle d'idées involontaires et aux conséquences toutes plus funestes que d'autres. « Aux frères, beaux frères, belles sœurs…Neveux, enfants… » Là, son propre cadavre démembré jaillissait sous ses yeux. « A la descendance et aux complots familiaux. » Soudainement, ça n'était qu'une ombre machiavélique qui se découpait sur un chemin dallé… « Aux généalogies oubliées, indésirables et pourtant imposées… » Un simple sourire carnassier, d'un éclat blanc terrifiant. « Aux liaisons dangereuses, déconseillées, tristement abrégées, aux traîtres et traîtrises fomentées, patiemment… » Le visage d'Elias, un souvenir d'un instant révolu où elle le tenait dans ses bras. « Aux inconscientes…A la nocturne et irrémédiable justice nocturne… » Un frisson parcourut son échine à ces derniers mots. Endroit haï, lieu détesté. Qu'était-elle venue faire ici ? Pourquoi avait-elle pensé un instant que tout irait bien ? Elle allait se faire déchiqueter… Il allait… Silence. Ça suffit. Elle s'efforçait de bloquer ses pensées, mais son esprit avait échappé à son contrôle. Et la lucidité revint d'un coup, rendant muets les cris de son esprit, tandis que son futur bourreau s'était levé. Son aura suintait la dangerosité, il était prêt, il jouissait de ce moment où elle se recroquevillait mentalement sur elle-même, c'était évident.

L'être qui se tenait debout devant elle avait l'allure du diable lui-même. D'un Satan enjôleur, traître, et décidé à faire le Mal là où il le souhaitait. Enjoué, même. Affreusement enjoué. Méritait-elle réellement ce qui lui arrivait ? La punition qu'il lui prévoyait était-elle réellement à la juste mesure de son crime, si crime il y avait eu ? Prenons ceci d'une façon objective. D'un côté, elle avait sans doute détourné involontairement Sade de ses activités vampiriques principales, et avait sans doute être une raison suffisante pour qu'il cesse de prendre du plaisir à meurtrir ses victimes comme il l'appréciait auparavant. De l'autre, il y avait ce beau-frère, qui considérait qu'elle lui avait volé son double, qui avait déjà manqué de lui ôter la vie quelques fois, qui avait juré sa perte, et qui ne semblait pas avoir changé d'avis depuis. Aurait-elle prévoir que tout ceci tournerait très mal ? Pas vraiment. Voyez-vous, on ne l'avait pas prévenu -au départ du moins- que les deux vampires étaient frères. En même temps, restons objectifs, elle ne l'avait jamais demandé, et n'avait fort heureusement jamais fait le lien. Sinon, peut-être aurait-elle associé Sade à son frère, et dans ce cas, je doute que la dynastie -comme ils le disent si bien tous deux- des Joyce aurait pu s'agrandir, du moins pas avec le consentement de la douce demoiselle. Mais après, affirmer qu'elle était responsable de ce qui lui arrivait, je n'irais pas jusqu'à là. Elle n'avait jamais explicitement demandé à Sade les sacrifices qu'il avait décidé de faire. Oh, ça ne la dérangeait pas vraiment qu'il les ait fait, remarquez, mais elle n'aurait jamais osé demandé pareille chose. Et puis, continuons objectivement. Ezechiel était responsable aussi dans l'affaire. S'il n'avait pas été aussi clairement agressif à son égard -quelques soient ses raisons- il aurait sans doute évité de forcer Sade à faire un choix impossible. Mais elle n'irait pas non plus le signaler à son beau-frère, ça n'aurait que relancé plus la querelle qui était pour l'instant mise de côté.
Un étranglement lui fit prendre conscience que son bien-aimé beau-frère avait bougé pendant quelques très courtes secondes. Elle tenait encore sa coupe de champagne dans la main, n'ayant pas eu le réflexe de la reposer, la lucidité étant une chose assez dérangée en ce moment. Et les yeux noirs de la femme se posèrent sur ce que lui tendait le charmant -mais si, mais si- vampire. Elle cilla un instant, ses sourcils se froncèrent légèrement tandis qu'elle observait les entrailles du malheureux individu qui venait de se les faire ôter -le pauvre. Des viscères, des entrailles. Merlin, c'était… À la fois répugnant, et fascinant. La Mafieuse refaisait surface sous la mère, et un léger sourire -très léger, presque invisible même- se dessina sur le visage de la sorcière. Et s'effaça presque aussi rapidement lorsqu'il se rapprocha imperceptiblement. Pas bon du tout, ça. Son regard restait fixé sur les tripes sanglantes de ce qui fut un être humain, comme si croiser le regard beaucoup trop proche du vampire allait lui faire perdre ce calme sincère qui était revenu prendre possession d'elle.

Le regard ne fut pas nécessaire, cependant. Les paroles suffirent. « Mon neveu se porte bien ? Je l’espère déjà tout en muscle, c’est de la nourriture aussi riche que celle ci qu’il lui faut. Tu veux que je l’emballe ? Ce sera un repas de moins à lui prévoir. » Le voilà qui se remettait à parler cuisine… Et à la tutoyer. Ses craintes reprirent de plus b—DU CALME ! Il fallait qu'elle se tranquillise, qu'elle reprenne espoir. S'il avait voulu en finir avec elle, il le ferait bien assez tôt, ou il l'aurait déjà fait. Non, ne pas laisser sa rationalité prendre le dessus, notamment parce que cette dernière lui susurrait que justement, il avait forcément décidé d'en finir avec elle, mais il préférait la faire tourner en bourrique avant. C'était un Joyce, elle s'en souvenait. Un Joyce. Soit un des pires psychopathes qui existaient sur la planète. Rassurant, n'est-ce pas ? Il s'amusait avec elle, comme un gamin se serait amusé avec un jouet, ou comme une petite fille démoniaque aurait pris soin de scalper la poupée qu'on lui aurait offert, lui arracher les pieds, lui couper les jambes, et toutes ces autres réjouissances qu'on imagine aisément quand on est enfant amoral et qu'on ne connaît ni le Bien, ni le Mal. Mais lui, il connaissait ces concepts. Et immoral, il s'évertuait à ne faire qu'une partie, et pas la bonne. Elle déglutit, tout en s'ordonnant une dernière fois de ne plus y penser. Elle se devait de garder sa lucidité pour plus tard, elle ne pouvait pas se permettre de sombrer dans les affres de l'effroi. Garder la tête froide.
Et répondre.

    « Oh, Elias se porte comme un charme. Je doute que ça soit conseillé de servir des viscères à quelqu'un d'aussi jeune, mais après tout, tu t'y connais sans doute mieux que moi en régime alimentaire… Ne pas perdre le fil. Lucidité avant tout. Ne t'embête pas à l'emballer, voudrais-tu bien par contre ôter ça de mon champ de vision, s'il te plaît ? »


Tête froide, calme apparent, air sincère et presque aimable. Et l'infime rire nerveux. Ça s'annonçait mal, oui. Mais elle gardait espoir. Elle ne pouvait pas le laisser s'échapper une nouvelle fois, alors qu'elle était en train de se persuader intérieurement qu'elle allait survivre à cette soirée. Elle déglutit de nouveau, et ajouta, rapidement, comme pour démentir l'idée fausse qui aurait pu venir à l'esprit du vampire : à savoir qu'elle aurait pu tourner de l'œil face aux tripes de l'individu :

    « Pas que je ne sais pas apprécier la beauté des entrailles d'un … ivrogne ?, mais…  Enfin bon. »


Merlin, son argument s'était évaporé… Rester calme.

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MessageSujet: Re: Our Mutual Friend   Jeu 2 Juil - 22:16

7H45pm. « - Excusez moi, monsieur ! Voix enrouée, attitude séductrice, regard naïf, vampire conquis. Seriez-vous assez aimable pour raccompagner une pauvre lycéenne chez elle ? Il se fait tard, et… Hm, vous allez rire mais, dans mon lycée on raconte des tas de trucs, genre, hm, vous savez, cette légende de vampires – rire gêné et juvénile -. Ne vous moquez pas, hein. Mais de nos jours on entend de ces choses qu’on ne sait plus qui croire. Vous en pensez quoi ?
- Tu parles trop.
- Oh, vous pouvez me tutoyer, oui. Moi c’est Perla ! Alors, vous portez un aussi joli nom que vous, démon de la nuit ?
- Tu veux l’entendre ? Approche que je te le chuchote. Sourire fatidique, vulgaire triomphe. » […]

8h15pm. Une main cramponnée à une mince portion de terre farouchement entourée de ses contemporains descendants, le vampire, sauvage et abject, plongea la seconde, griffes fraîchement émoulues, dans la profonde plaie maintes fois amochée. Un cri. Une seule souffrance. L’animal huma pour la énième fois ce soir de ces abois, aspirant jusqu’à lui les hurlements de sa captive. Un demi apport blafard, l’autre lumineux, privilégié par cette pleine lune, le visage de Sade était impeccable. Deux billes grises translucides, un regard vide de toute expression, une allure inquiétante et invulnérable était l’amorce qui avait servi à assiéger l’être démembré aux côtés de la bête. Sa pâleur naturelle, révélatrice, et deux canines avaient, quant à elles, suscité la frayeur. Sourire en coin, Sade ne se souciait pas de l’égal danger qu’encourait sa douce, au même moment. Il ne le flairait pas encore. Deux perles grisâtres, inoubliables dans l’histoire de la magie en ces terres britanniques, vouaient un triomphe mémorable. Aucun remord apparent lorsque sa douce était hors de sa vue. Il redevenait, en quelque sorte, le vampire d’autrefois. Le plus à craindre des deux états d’esprits qu’il jouait, en quelque sorte aussi. Ses doigts quittaient le corps chaud de l’être sans défense, insensible aux hurlements plus intenses encore. En fait, le vampire riait. S’arrêtant de temps à autre, indifférent au regard terrifié, quelques minutes auparavant séduit, que lui jetait la moldue. L’animal bondit alors sur ses pattes, et c’est lentement qui traça un chemin d’un coup de langue, effaçant toutes les larmes versées, jusqu’à atteindre son cou. Ses dents succombèrent alors au désir sauvage de pénétrer l’interdit. Le vampire parcourait une peau délicieusement alléchante, excitée et effrayée par les caprices de l’animal. Deux canines d’une blancheur inégalée rencontrèrent alors une poitrine aux maigres rondeurs. Quel dommage, et dire que Sade les digéraient plus facilement lorsqu’elle étaient plus voluptueuses, pétri d’un sang plus chaud et plus abondant. Tandis que sa dentition parcourait, à son rythme de torture, une ligne rouge vive jusqu’à son sein gauche, l’animal fora brutalement la peau, qui ne résista que quelques secondes, jusqu’à atteindre le principal organe qui maintenait vivant tout être de son espèce : le vampire tentait bestialement d’aspirer un cœur qui ne percera jamais deux infimes trous vampiriques. En vérité, il n’en avait que faire. Tout ce qu’il cherchait c’était une torture aux supplices sans limites, et jamais sans fin. L’enfant, à peine âgée de dix huit ans, pleurait sa peine, ses cris étaient inutiles et étouffées par le corps de Sade ; c’est ainsi que la proie désespérée, agonisant, s’impatientant de voir la mort arriver sous de telles afflictions, s’interdisait, comme toutes les autres, de respirer, tentant le suicide.

« - Tu vois, Perla, ce qu’il manque à ce duo affriolant c’est une troisième personne, chuchota Sade les yeux fondus dans une sombre et parfaite nuit d’Avril, l’air sérieux et vrai, à moitié rêveur et amusé, sans un regard pour sa proie. Quelques légers gémissements le firent tourner instinctivement la tête. Cesses donc de te plaindre. Tu n’as pas idée de la chance qui s’offre à toi : Mon autre ne partage pas mon festin ce soir. Or, ses idées sont quelques peu plus tordues que les miennes – note que c’est ce en quoi tu es chanceuse – depuis que son grand frère est père et amant adorateur. Un souffle ampli d’une ironie et d’un amour franchement naturel et incontrôlable, Sade prenait plus de plaisir à l’entendre gémir qu’à la savoir souffrir. »

Perla n’écoutait pas, elle gémissait, elle pleurait. Ses yeux parcouraient les infimes recoins, de ces terres visiblement inconnues, à la recherche d’une issue. D’une échappatoire autre que la mort. Perla baignait dans le sang. Elle coulait dans son propre sang. Sade jouait encore, sans relâche, infatigable. Il pouvait jouer encore longtemps. L’animal aspirait, encore et encore, ce sang désireux et désirable à la fois. Ses yeux profitaient, savouraient en même temps qu’elles, ces deux fameuses canines, tandis que ses lourdes paupières reposaient leurs efforts antérieurs. […]

8h30pm. Perla reposait dans cette sombre rue très peu fréquentée, un peu partout, en quelques morceaux, et personne ne se soucierait d’elle. Personne ne remarquerait sa disparition. Du moins, pas pour des décennies, au moins. Les pas lents et réguliers de l’animal résonnaient dans cette sombre rue, tandis qu’il humait l’odeur naturelle et si envoûtante de sa douce, celle qu’il aspirait à voir depuis maintenant quelques heures. Pour se faire, le vampire, par mesure de précaution, s’était préalablement nourrit. Quelques images affluaient dans sa tête : Elias était le principal concerné. A cette pensée, Sade tira un sourire en coin. Puis vint l’épisode d’une discussion qu’il avait tenu avec sa douce. Le premier Joyce souhaitait présenter son fils à son oncle. Sujet, vous le devinez, déplorable et sans succès. Or, voilà qu’avant l’épisode de la pimbêche de Perla, Sade s’était rendu à la fenêtre de la chambre de Joyce Junior. Inutile de préciser qu’il fut surpris de la présence de la dite « meilleure amie » de Miss Follow qui détestait Sade suprêmement. Il en allait de même pour le vampire. Son odeur même l’écoeurait. Il proféra alors quelques jurons, propre à sa sorcière, parfaitement retournés contre elle tandis qu’il s’était lancé à sa recherche pour s’avoir : 1) Pourquoi Elias dormait dans les bras de Med’ et 2) Qu’est-ce que Des faisait seule – ou pas :sarc: - dehors à une heure pareille, sachant que son déjanté de frère lui tomberait dessus à tout moment ? 3) Et pourquoi n’avait-elle pas prévenu Sade ? Or, il opta pour la quatrième solution : partir se défouler sur une autre victime que Des, car, voyez-vous, la bestialité de Sade, qui fait toute sa nature, pouvait très vite déraper. Demandez-lui à la sorcière.

Plus Sade se rapprochait, plus l’agréable – étrangement qu’à son goût – odeur de son frère venait se mêler à celle de sa douce. Ses sourcils se fronçaient, son regard s’assombrissait, tandis qu’à mesure de ses pas, l’inquiétude était palpable. Pourtant très vite, toute frayeur émanant de lui, toute hypothèse, étaient effacées. L’animal pressa alors le pas, usant d’une vitesse non connue de l’humanité moldue, et en quelques secondes à peine il avait rejoint de Serpensortia. Sade se fraya un mince chemin, se fondant dans un silence presque mort, en parfaite harmonie avec ce à quoi plus personne ne prêtait attention. Zech était là, mais Desdemona patientait seule à la table. Très vite, le vampire raisonnait de tout son génie, et ce faible sourire, cet air à la fois sérieux et provocateur. Il reconnaissait là son frère, ce qui lui valu lui aussi un sourire. Sade s’obligeait à ne pas trop penser, à ne pas trop se laisser porter par son instincts animal : son frère rôdait, il savait son frère par cœur. Ainsi, se contrôlant difficilement, canalisant à contre cœur l’envie de réagir, d’épargner les exploits charnels et ceux de charcutier à Desdemona.

« Une personne de toute confiance…Uhm je n’en doute pas, les os blanchis au clair de lune sont toujours muets…
- C’est une plaisanterie ?
- Vu les circonstances, je rois que l’on peut repousser les affaires quelques minutes… Si l’on parlait de la famille ? Alors comme ça on ne m’annonce même pas la bonne nouvelle et mon nouveau statut ?
- Madame, Monsieur, vous désirez ?
- Deux coupes de champagne, nous avons plusieurs événements à célébrer.
- Parlons donc de la famille. Un sujet en particulier ?
- Aux frères, beaux frères, belles sœurs…Neveux, enfants…A la descendance et aux complots familiaux. Aux généalogies oubliées, indésirables et pourtant imposées…Aux liaisons dangereuses, déconseillées, tristement abrégées, aux traîtres et traîtrises fomentées, patiemment…Aux inconscientes…A la nocturne et irrémédiable justice nocturne… Mon neveu se porte bien ? Je l’espère déjà tout en muscle, c’est de la nourriture aussi riche que celle ci qu’il lui faut. Tu veux que je l’emballe ? Ce sera un repas de moins à lui prévoir.
- Oh, Elias se porte comme un charme. Je doute que ça soit conseillé de servir des viscères à quelqu'un d'aussi jeune, mais après tout, tu t'y connais sans doute mieux que moi en régime alimentaire… Ne t'embête pas à l'emballer, voudrais-tu bien par contre ôter ça de mon champ de vision, s'il te plaît ? Pas que je ne sais pas apprécier la beauté des entrailles d'un … ivrogne ? mais… Enfin bon. »

Inutile de préciser que Sade ne tenait plus. Ainsi, buvaient-ils aux événements récents ? Le vampire n’était pas assez stupide pour comprendre le sens des mots usés par son frère. Il s’agissait de fêter une trahison – vous ne devinez pas ? -, au nouveau né, à Elias, en quelque sorte. Ezechiel l’adorerait, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute. Mais la sorcière pensait qu’il nuirait un peu à leur fils, je ne vois pas pourquoi, nan vraiment *ZBAF*. Mais pas seulement. Zech, vidait son sac, comme ils disaient, ou peut être jouait-il la carte du je-m’adresse-à-Sade-indirectement-car-oui-j’ai-bien-senti-sa-présence. Hm, je crois que je vais m’arrêter là, hein. La dernière hypothèse faisant office d’improvisation. Ainsi, Sade n’éttendit plus une seconde de plus, priant intérieurement – et sachant pertinemment que Zech entendra sa prière – que Desdemona n’apprenne pas qu’il était là, à les observer, depuis quelques minutes. En vérité, rien n’émanait de l’individu. Aucune faille, en vérité sa seule faiblesse partageait un tête à tête avec son frère, aucune peur. Plus de peur. A mesure qu’il s’avançait dans le bar, la présence du vampire fit taire les quelques consommateurs. Le premier Joyce frappait lentement dans ses mains, applaudissant anormalement : l’entrée en matière des Joyce était toujours grandement appréciée et surtout originale, n’est-ce pas ?

« - Alors, on fête quelque chose sans moi ? »

L’air amusé et provocateur, le ton froid et vide, Sade souriait à ses convives, posté en face d’eux. Sans plus attendre, il tira une chaise vers lui, quelques millièmes de secondes occupés par une sorcière, puis s’assit. Regard complice pour le cadet, sourire consolant la douce, le vampire semblait plus ravi encore, à la surprise d’un d’entre eux, de se savoir enfin tous les trois réunis.

Quelques personnes quittèrent les lieux, deux vampires, frères de sang, dans ce même bar n’était pas chose recommandée.
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